Le frelon asiatique à pattes jaunes (Vespa velutina) représente aujourd’hui une pression importante pour de nombreux ruchers. Sa présence devant les ruches peut perturber fortement l’activité des abeilles et compliquer le travail des colonies, particulièrement lorsque plusieurs frelons chassent simultanément à proximité des entrées.
Le piégeage fait partie des moyens pouvant être utilisés pour limiter cette pression, mais il doit être réalisé de manière raisonnée. L’objectif n’est pas de capturer indistinctement tous les insectes présents dans l’environnement, mais de cibler autant que possible le frelon asiatique tout en préservant les autres espèces.
Sur Le Rucher L’Miel, nous faisons le point sur le fonctionnement du piégeage, les périodes auxquelles il peut être envisagé et les précautions indispensables pour protéger à la fois les abeilles et la biodiversité.
Pourquoi le frelon asiatique pose-t-il problème aux abeilles ?
Le frelon asiatique est un prédateur opportuniste qui consomme différents insectes. Les abeilles domestiques constituent toutefois une ressource particulièrement accessible autour des ruchers.
Les frelons peuvent se positionner en vol stationnaire devant l’entrée des ruches afin d’intercepter les butineuses lorsqu’elles quittent ou rejoignent leur colonie.
Cette prédation ne se limite pas aux abeilles effectivement capturées. Lorsque la pression devient importante, les butineuses peuvent réduire leurs sorties et rester davantage à l’intérieur de la ruche.
La colonie peut alors rencontrer davantage de difficultés pour récolter les ressources dont elle a besoin.
À quelle période observe-t-on le frelon asiatique ?
L’activité du frelon asiatique évolue fortement au cours de l’année.
Après l’hiver, les futures fondatrices ayant survécu à la saison froide reprennent leur activité et commencent à rechercher des ressources ainsi qu’un emplacement permettant de développer leur colonie.
Au cours du printemps et de l’été, les colonies se développent progressivement. Le nombre d’ouvrières augmente et l’activité de prédation peut devenir beaucoup plus visible autour des ruchers.
La pression est souvent particulièrement importante à la fin de l’été et au début de l’automne, lorsque les colonies de frelons atteignent une population élevée.
Cette période correspond également à un moment où les colonies d’abeilles commencent progressivement à préparer leur hivernage.
Qu’est-ce que le piégeage de printemps ?
Le piégeage printanier vise principalement les femelles fondatrices au moment où elles reprennent leur activité après l’hiver.
L’idée est simple : une fondatrice capturée avant le développement complet de sa colonie ne pourra pas produire les nombreuses ouvrières qui auraient ensuite constitué son nid.
Cette approche doit néanmoins rester ciblée. Installer un grand nombre de pièges non sélectifs pendant plusieurs mois peut entraîner la capture de nombreux insectes qui ne sont pas visés.
Le piégeage doit donc être intégré à une stratégie locale et raisonnée plutôt que pratiqué systématiquement sans observation préalable.
Pourquoi faut-il utiliser des pièges sélectifs ?
Un rucher et son environnement accueillent de très nombreux insectes : abeilles sauvages, guêpes, mouches, papillons, coléoptères et autres espèces jouent chacun un rôle dans les écosystèmes.
Un piège incapable de permettre aux petits insectes non ciblés de s’échapper risque donc de provoquer des captures inutiles.
Lorsqu’un piégeage est mis en place, il est préférable d’utiliser des dispositifs conçus pour être aussi sélectifs que possible.
Le choix du piège, son emplacement, la période d’utilisation et la surveillance régulière des captures sont ainsi aussi importants que l’appât lui-même.
Où placer les pièges ?
Il n’est généralement pas nécessaire de multiplier les pièges au hasard sur une grande surface.
Les emplacements doivent être choisis en fonction des observations réalisées localement et de la présence connue du frelon asiatique.
Selon la situation, des pièges peuvent être positionnés dans des secteurs où des frelons ont déjà été observés, à proximité de zones présentant une activité importante ou dans le cadre d’un dispositif coordonné à l’échelle locale.
Un piège doit également pouvoir être facilement contrôlé afin de vérifier régulièrement ce qu’il capture.
Pourquoi contrôler régulièrement un piège ?
Installer un piège et l’oublier pendant plusieurs semaines n’est pas une bonne pratique.
Une surveillance régulière permet notamment de :
- identifier les espèces capturées ;
- vérifier si le dispositif est suffisamment sélectif ;
- libérer lorsque cela est possible les insectes non ciblés ;
- entretenir le dispositif ;
- évaluer la présence réelle du frelon asiatique dans le secteur ;
- arrêter le piégeage lorsqu’il ne présente plus d’intérêt.
Ces observations permettent d’éviter que le piégeage lui-même ne devienne inutilement dommageable pour la biodiversité.
Le piégeage suffit-il à protéger un rucher ?
Non. Le piégeage ne constitue qu’un outil parmi d’autres.
Lorsque la pression du frelon asiatique devient importante devant les ruches, d’autres mesures peuvent contribuer à limiter les conséquences pour les colonies.
La surveillance du rucher reste essentielle afin d’identifier rapidement l’apparition d’une prédation importante et d’adapter les mesures de protection.
Selon la situation locale, différentes protections physiques peuvent également être utilisées autour des ruches afin de réduire l’efficacité de la chasse des frelons.
La recherche des nids
Lorsqu’une activité importante de frelons est observée dans un secteur, rechercher l’origine de cette activité peut permettre d’identifier un nid.
La destruction des nids constitue un autre volet de la lutte contre le frelon asiatique. Elle ne doit cependant pas être improvisée.
Un nid peut contenir un grand nombre d’individus et présenter un risque sérieux lorsqu’il est approché ou dérangé.
Il est donc fortement déconseillé de tenter soi-même de détruire un nid actif sans matériel, formation et moyens adaptés.
Lorsqu’un nid est découvert, il convient de se rapprocher des dispositifs locaux ou de professionnels compétents pour déterminer la conduite à tenir.
Comment reconnaître un frelon asiatique ?
Il est important de ne pas confondre le frelon asiatique avec d’autres espèces présentes naturellement en France.
Le frelon asiatique à pattes jaunes présente généralement une coloration globalement sombre. Son abdomen possède notamment une bande orangée caractéristique et l’extrémité de ses pattes est jaune.
Le frelon européen présente quant à lui une coloration plus largement jaune et rousse.
Une identification correcte est indispensable avant d’envisager une action de lutte.
Quelle est la différence entre un nid primaire et un nid secondaire ?
Au début de la saison, une fondatrice construit généralement un premier nid de petite taille appelé couramment nid primaire.
Celui-ci permet le développement des premières ouvrières.
Lorsque la colonie devient suffisamment importante, elle peut poursuivre son développement dans un nid beaucoup plus volumineux, souvent qualifié de nid secondaire.
Ces grands nids peuvent se trouver dans des arbres, mais également dans différentes structures ou constructions selon les situations.
Protéger les abeilles sans nuire aux autres pollinisateurs
La lutte contre le frelon asiatique doit poursuivre deux objectifs : protéger les colonies d’abeilles tout en évitant d’exercer une pression inutile sur les autres insectes.
C’est particulièrement important au printemps, période pendant laquelle de nombreux pollinisateurs reprennent également leur activité.
Le recours à des dispositifs sélectifs et leur utilisation pendant des périodes adaptées permettent de limiter davantage les captures accidentelles.
Cette approche s’inscrit dans une logique plus globale de préservation des pollinisateurs et de la biodiversité que nous abordons régulièrement sur Le Rucher L’Miel.
Des colonies fortes face à la pression du frelon
L’état général des colonies joue également un rôle important dans leur capacité à traverser les différentes difficultés rencontrées au cours d’une saison.
Une colonie dynamique dispose d’une population importante capable d’assurer la récolte, l’élevage du couvain et la défense de la ruche.
Le développement de la colonie dépend notamment de la reine, des ressources disponibles et des conditions rencontrées au cours de l’année. Retrouvez nos dossiers consacrés aux essaims et aux reines pour mieux comprendre cette organisation.
Une lutte qui doit être adaptée au territoire
La pression exercée par le frelon asiatique n’est pas identique partout. Deux ruchers situés dans des environnements différents peuvent connaître des niveaux de prédation très éloignés.
Les stratégies de surveillance et de lutte gagnent donc à être adaptées à la situation réellement observée sur le terrain.
Les dispositifs mis en place par les collectivités, structures apicoles ou organismes locaux peuvent également évoluer d’un territoire à l’autre.
Avant d’engager une campagne de piégeage importante, il est donc utile de vérifier les recommandations applicables localement.
Observer avant d’agir
Comme souvent en apiculture, l’observation constitue la première étape.
Identifier correctement le frelon asiatique, surveiller son activité autour des ruches et utiliser des méthodes adaptées permet d’intervenir de manière beaucoup plus pertinente qu’un piégeage systématique.
Le frelon asiatique fait désormais partie des difficultés auxquelles de nombreux apiculteurs doivent faire face, mais la lutte contre cette espèce doit rester compatible avec la protection de l’ensemble des insectes utiles.
Retrouvez nos autres dossiers consacrés aux saisons, à la santé et à la vie des colonies dans la rubrique Les infos du rucher.
